Le couvent des Jacobins au Moyen Age

C’est en juin 1218 que les frères prêcheurs, dont l’Ordre avait été approuvé par le pape seulement deux ans plus tôt, sont arrivés à Lyon pour y fonder un couvent. Les premières fondations ont en effet été faites soient dans des villes universitaires, comme Paris ou Bologne, soit dans des villes de forte activité économique et commerciale, car de telles lieux permettaient de rencontrer beaucoup de monde, en particulier à l’occasion des foires.

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Lyon, Notre-Dame de Confort.
Extrait du plan du couvent dressé par le Père Ramette en 1719 (publié dans M. Cormier, L’Ancien couvent des Dominicains de Lyon, Lyon, 1898-1900, I). Le n°86 correspond à l’église antérieure à l’arrivée des Dominicains au XIIIe siècle, conservée comme narthex.

Le couvent, sous l’Ancien Régime, était situé dans la presqu’île, place des Jacobins. En effet, la fondation de l’un des premiers couvents rue Saint Jacques à Paris avait entraîné cette dénomination pour les dominicains, que l’on a appelés jacobins jusqu’à la révolution. Place des Jacobins, il ne reste aucun bâtiment du couvent, mais plusieurs traces en rappellent cependant la mémoire. Une petite rue part en oblique de l’angle de la place, la rue Confort. Elle rappelle le culte voué dans l’église conventuelle à la statue de « Notre-Dame de Confort », Marie qui réconforte. Sur la place, à l’angle de la rue Gasparin, une plaque rappelle la présence du couvent et les principaux événements qui en ont marqué l’histoire. Enfin, rue Émile Zola, au dessus d’un ancien porche converti en bijouterie, on lit clairement l’inscription Domus Praedicatorum, la maison des prêcheurs, qui indiquaient l’entrée principale du couvent à une époque.

La restauration de la vie dominicaine à Lyon en 1856

Réduite à néant par la Révolution, la vie dominicaine s’est développée à nouveau à Lyon à partir de 1856, grâce au soutien apporté par Camille Rambaud, grande figure du catholicisme social lyonnais. L’église a été construite rapidement, puisqu’elle était inaugurée sept ans plus tard.

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Camille Rambaud (1822-1902)
Une amitié, à l’origine de la fondation

Camille Rambaud et Louis Potton, deux jeunes lyonnais sont nés respectivement en 1822 et 1824, dans les milieux de la soie. Ils sont élèves ensemble au lycée, où ils sont en particulier marqués par l’enseignement d’un homme assez exceptionnel, l’abbé Noirot qui avait été également le professeur de philosophie de Frédéric Ozanam. Ils débutent leur vie professionnelle en travaillant ensemble dans le commerce de soierie de M. Potton père. En 1846, Camille Rambaud devient l’associé de M. Potton père, et l’entreprise devient la maison Potton-Rambaud.

En descendant un jour ensemble de Fourvière, ils font la connaissance de Jeanne Garnier ; entourée déjà de quelques compagnes, elle se dévouait auprès des femmes pauvres atteintes de cancer. Alors que Louis entre au noviciat dominicain de Flavigny en 1850, l’exemple et l’amitié de Jeanne Garnier encourage Camille Rambaud dans sa volonté de se mettre au service des pauvres, en restant laïc. Il commence par louer un logement proche de Saint-Pothin, à l’angle Molière/Lafayette, où il réunit le dimanche matin des enfants des rues, qu’il conduit ensuite à la messe. Cette œuvre se développe peu à peu, ce qui n’est pas sans entraîner des réactions. Camille Rambaud loue alors aux hospices civils un terrain rue Bugeaud, au chevet de Saint-Pothin, et y construit une maison à ses frais.

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L’église du Saint Nom de Jésus,
vue de la rue Bugeaud.

En 1854, Camille Rambaud décide de tout quitter pour se mettre au service des enfants des rues. Il négocie avec difficulté son retrait de l’affaire dans laquelle il était associé avec M. Potton père. Camille Rambaud quitte alors la proximité de Saint-Pothin pour aller s’installer à la Guillotière, où il entreprend de construire un ensemble plus vaste pour accueillir ses enfants et y vivre avec eux, la Cité de l’enfant Jésus.

Au loin, vers les Brotteaux, il aperçoit au delà du terrain vague qui les sépare l’immense Cité du Rhône, des logements ouvriers ; il rêve de construire pour desservir cette population délaissée une chapelle, à l’angle de la rue Bugeaud et de la rue Tête d’or. Mais les inondations du Rhône, le 6 mai 1856, le détournent temporairement de ce projet, car il se consacre avec son énergie coutumière à recueillir des sinistrés et à organiser des secours. C’est quelques mois plus tard, le 3 août 1856 que durant la messe lui vient l’idée de proposer aux dominicains un terrain à l’endroit où il avait imaginé sa chapelle, pour qu’ensuite ils y établissent un vrai couvent. Son ami le P. Potton devant prêcher le panégyrique de S. Dominique le lendemain au collège d’Oullins, rattaché à l’ordre dominicain en 1855, il va le rencontrer, lui sert la messe et lui fait part de son projet.

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Le P. Danzas,
dessinateur des vitraux de l’église

Les choses ne traînent pas : quelques semaines plus tard, le P. Jandel, maître de l’Ordre, lui même vient à Lyon voir les lieux et trouve que le terrain choisi est trop petit (c’est actuellement le square en face de l’église). Il encourage Camille Rambaud à louer aux Hospices le « pré des marguerites blanches », sur lequel est bâtie une petite maison. Il est convenu que la maison sera mise en état pour accueillir une douzaine de religieux, et qu’une chapelle sera construite. Camille Rambaud construit cette chapelle en briques à l’emplacement du cloître actuel, à distance de la rue Bugeaud. Pour une chapelle provisoire, elle est déjà de bonne taille (250m2) ; elle sera pourtant détruite lors de la mise en service de l’église actuelle, sept ans plus tard !

Le 24 décembre 1856, le P. Danzas, prieur provincial, célèbre une première messe dans cette chapelle et inaugure la nouvelle communauté, d’emblée composée onze religieux. Ce qui frappe immédiatement les visiteurs, c’est le silence et l’austérité dans lesquels vivent ces frères, qui ont renoncé pour un an à tout apostolat afin de faire une sorte de second noviciat centré sur les observances monastiques. Un témoin laïc raconte

Avant de prêcher le courage et la résignation dans les souffrances, avant de stigmatiser le luxe et la soif des jouissances matérielles, ils ont voulu, comme leur Maître crucifié, s’imposer toutes les privations du corps et ne rester étrangers à aucune des misères endurées par le pauvre. « Ne faut-il pas, me disait le Père qui recevait ma visite, que nous ayons souffert autant et plus que le pauvre pour pouvoir lui parler de ses misères et lui dire avec certitude qu’elles sont toujours supportables pour un cœur qui a placé sa confiance en Dieu ? » Il est certain qu’il n’y a ni souffrance du froid, ni souffrance de la faim, ni aucune sorte de privations qui ne soient subies par ces admirables religieux dont la foi, le calme et la force sont une prédication aussi énergique que le pourrait être le plus éloquent de leur discours.

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L’intérieur de l’église au XIXe siècle

Il y a dans le projet des frères qui fondent ce couvent une forme de prédication par l’exemple, par la pauvreté et l’austérité de la vie, dont il faut en effet souligner que l’une des principales limites est que les religieux en question quelle que soit leur générosité, ne connaissait et ne connaitrait jamais la précarité réelle des pauvres, du fait de leur appartenance à un Ordre qui les assurerait toujours de sa solidarité, et qu’ils ne savaient rien de la pauvreté culturelle, du manque d’éducation et de culture dont pouvait souffrir les pauvres qui les entouraient.

L’objectif des frères et du P. Danzas en particulier est de construire une belle église, dont la présence dans ce quartier misérable sera un signe qui touchera les cœurs.Au milieu de masures dans une rue misérable, la chapelle fleurit brusquement, comme un précieux reposoir ogival dressé pour la joie des pauvres (E. Bauman, 1927). Le P. Marie-Augustin, dont le cœur a été placé dans le mur de droite de la chapelle du Rosaire a en effet entrepris très rapidement de développer ici la dévotion au Rosaire. La récitation publique du rosaire ayant attiré de nombreux fidèles, il a peu à peu organisé une récitation perpétuelle, impliquant des fidèles au delà de Lyon, si bien qu’en trois ans, il avait réuni 60 000 associés, et qu’en 1874 lorsque les frères feront appel à ce réseau pour financer la fin des travaux, ils font mention de 600 000 personnes dans toute la France. C’est en particulier à cause de l’affluence suscitée par la prière du Rosaire et par les réunions des Chevaliers de Marie que décision fut prise de bâtir une église plus vaste que la chapelle construite par Camille Rambaud.

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La deuxième verrière, côté nord.
De gauche à droite : La Bienheureuse Jeanne d’Azza et le bienheureux Mannes, mère et frère de S. Dominique ; la rencontre de S. Dominique et de S. François d’Assise ; la Vierge Marie donnant le scapulaire dominicain au Bienheureux Reginald.

Le P. Danzas trace le plan d’une nouvelle église, dans un style proche de celui du XIIIe siècle, ce qui participe du désir des fondateurs d’un retour à l’origine de l’Ordre. M. Bresson, architecte proche de Baussan, prend en charge la maîtrise d’œuvre, sous la maîtrise d’ouvrage attentive du P. Danzas. En un délai très rapide, en comparaison avec d’autres constructions de l’époque, en six ans, l’église est suffisamment aboutie pour que puisse être célébrée la bénédiction par le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, le 16 août 1863. On voit ses armoiries sur la première des clefs de voute de la nef.

La grande originalité de cette église est son programme iconographique, puisque l’intégralité des vitraux a été dessinée par la main du P. Danzas et qu’environ la moitié en a été réalisé sur place, par des frères convers.

C’est un sculpteur lyonnais célèbre, Fabisch, qui a réalisé une grande partie des statues, en particulier celle de la Vierge, à l’autel du Rosaire. Les deux autres vierges qu’il a réalisées sont plus connues, puisque c’est Notre Dame de Fourvière, et la Vierge de la grotte de Lourdes…

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La statue de la Vierge du Rosaire
église du Saint-Nom de Jésus

La bénédiction de l’église du Saint Nom racontée par le R.P. Didon

Le père Henri Didon {JPEG}
Le 16 août 1863, l’église du couvent du Saint-Nom de Jésus a été bénie par le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon. Elle n’était pas encore terminée, mais les travaux étaient suffisamment avancés pour qu’on puisse y célébrer. Un frère dominicain de Paris, venu pour l’occasion, raconte cette journée mémorable.

Au lendemain de l’Assomption, en la fête de saint Hyacinthe, apôtre de la Pologne, le couvent de nos Pères, à Lyon, s’émut de joies d’une douce et belle solennité. Après six ans révolus de peines, de luttes, d’héroïques travaux sans autre secours que le bras de Dieu et l’inépuisable charité lyonnaise, nos Frères se sont conquis une place sur cette terre des grandes villes si avidement disputée, et à cette place déjà scellée et sanctifiée par trois tombes, ils ont construit un couvent remarquable d’élégance et de régularité ; ils ont édifié une église plus remarquable encore, rangée, dès aujourd’hui, parmi les gloires monumentales de Lyon et dont la chrétienne architecture fait revivre en plein les siècles évanouis de la grande foi de nos aïeux.

A cette fête du 16 août, il y avait plus que la simple bénédiction d’une église, plus que son baptême, plus que son ouverture. Et quoi donc ? Le couronnement, la consommation publique de toute une œuvre de pénible installation. Aussi n’était-il point malaisé de saisir sur tous les visages ce sentiment épanoui de l’homme qui a réalisé son idéal et qui se berce entre le spectacle d’un passé fortement et simplement rempli et d’un avenir ouvert à toutes les espérances. J’ai eu le bonheur de participer à ces émotions généreuses.

A huit heures du matin, Son Eminence le Cardinal-Archevêque de Lyon entrait au couvent, reçu par la Communauté entière avec toute la pompe cérémonielle d’usage en pareille occasion. Il avait bien voulu accepter le beau rôle que lui offraient nos Pères : celui d’être pour eux le représentant visible et immédiat de Dieu, afin de sanctionner et de bénir l’œuvre de leurs mains, de leurs sueurs et de leur persévérance. C’était lui qui leur avait ouvert sa ville comme un hôte royal son foyer, et maintenant qu’à ce foyer la place était prise et fondée, n’était-ce pas à lui encore d’approuver et de ratifier ?

Son Eminence introduite, la solennité s’est ouverte par la bénédiction de la nouvelle église, cérémonie touchante, pleine d’intérêt et de mystère aux yeux qui voient au delà de l’enveloppe des choses, sorte de baptême qui fait descendre Dieu dans nos temples de pierre, comme le baptême véritable l’intronise au centre de nos cœurs. Le saint sacrifice y fut célébré par le Cardinal-Archevêque incontinent après, comme si le baptême une fois reçu, l’église eût dû faire sa première communion. Telle est bien, en effet, la pensée qui s’éveille spontanément dans l’âme à ces premières messes que voit un temple. L’homme n’est-il pas un temple lui aussi, et à un moment donné, les portes de ce temple ne s’ouvrent-elles pas pour laisser venir Dieu s’immoler en nous comme sur l’autel des églises ?

Ce premier sacrifice y fut célébré silencieusement, en toute simplicité dans un recueillement intime qui s’harmonisait bien avec le caractère pieux de l’édifice. Il n’y eut d’autre pompe que la majesté du Pontife, d’autre éclat que celui d’une assistance magnifique par la distinction, le nombre et la variété, à côté du clergé séculier, on voyait le clergé régulier s’y épanouir sous toutes les couleurs au milieu de nos robes blanches : Dominicains prêcheurs, Dominicains enseignants, Franciscains, Jésuites, Trinitaires, Carmes déchaussés et d’autres encore.

Après venaient nos Tertiaires et nos amis, dont les rangs serrés témoignaient de la sympathie que notre caractère et notre habit dominicain suscite au cœur des lyonnais. Enfin, dans les trois nefs se pressait à flots une multitude compacte accourue non seulement des Brotteaux, mais des divers points de la ville. L’église nouvelle, éclairée par un beau soleil dont les rayons venaient se briser et se colorer aux verrières resplendissait d’une douce clarté. Ses murs et ses légères colonnes, d’une blancheur toute immaculée, lui donnaient l’aspect et le charme d’une vierge. On eût dit qu’elle avait conscience de la grande chose qui se passait en elle, et que l’âme de la foule pénétrait et vivifiait ses pierres.

Ce fut sur ce magnifique et presque divin théâtre que le Très Révérend Père Saudreau, Provincial de la Province de France, parut après la messe du Pontife pour prononcer un discours de circonstance aussi vivement attendu qu’il devait être avidement goûté. On s’était dit, dans un certain public : à quoi bon une chapelle dans les couvents ? En voyant la nôtre si somptueuse, on avait ajouté : Pourquoi de si splendides chapelles chez les moines ? Le Père recueillit habilement ces questions que de petits esprits s’étaient chuchotées dans l’ombre et les portant au grand jour, il en fit un sermon merveilleux d’à-propos, de justesse et de délicate franchise. L’imagination brillante de l’orateur su donner de belles proportions à ce sujet en apparence un peu restreint, et la pénétrante onction de son âme passa plus d’une fois dans sa parole de manière à émouvoir la piété des Lyonnais. La satisfaction fut au comble et unanime si bien qu’un personnage marquant du clergé régulier, présent à la fête, aborda joyeusement le prédicateur et lui dit, non sans une fine arrière-pensée : « Mon Très Révérend Père, je vous retiens pour la prochaine bénédiction de notre première chapelle. » La bénédiction épiscopale de Son Eminence, demandée par le prédicateur, et la bénédiction du Très-Saint-Sacrement qui vient ensuite, couronnèrent la première scène de la journée.

Voici la seconde : Après s’être réuni dans le même sanctuaire devant le même autel, sous le regard et l’amour du même Dieu, on vint s’asseoir à la même table que la charité avait rendue somptueuse, et plus de quatre vingt convives entremêlés témoignaient par cette belle confusion la tendre et profonde union de leurs âmes. Son Eminence devait présider au banquet, le siège Archiépiscopal avait été dressé, mais Monseigneur ne put que nous introduire et que bénir notre table, il se retira ensuite, laissant derrière lui le Deo Gratias ; si rare à notre table dominicaine et toujours si joyeusement accueilli. Au dessert, on vit le maître du banquet se lever et distribuer de sa main à tous les convives un fruit nouveau, un fruit singulier que chacun devait emporter comme souvenir de la fête : c’était une photographie de la chapelle et du couvent. L’idée n’était-elle pas heureuse ? Le dîner suivi de causeries intimes dans la salle de réception, sous le cloître, au jardin, fut donc le second acte de cette journée remplie de tant de joies et d’amour. Ah ! mon Révérend Père, savez vous quand les hommes savourent vraiment les délices de la pleine et chrétienne fraternité ? C’est à l’heure où ils se voient et se parlent après s’être d’abord rencontrés et unis dans l’amour de Dieu, leur premier père. Je l’expérimentais ce jour-là, et tous nous l’expérimentions dans ce festin qui n’avait été dressé qu’après le festin de Dieu, et dans ces récréations innocentes qu’avaient précédées la réunion de la prière.

Mais comme on ne s’était approché le matin en présence du Seigneur et dans sa demeure, on ne devait se quitter le soir qu’en sa présence encore et dans sa demeure. Ainsi Dieu qui avait inauguré la fête, en serait le dernier mot. Vers trois heures, nous retournâmes à l’église qui s’ouvrit toute pure comme au matin ; mais alors inondée de la lumière du soleil couchant. Les Vêpres furent chantées, et puis, devant un auditoire presque aussi pressé quoiqu’un peu moins choisi, il y eut un nouveau sermon.

La parole était au Révérend Père Hyacinthe Loyson, Carme déchaussé. L’orateur, dans le nom est déjà célèbre, développa avec un remarquable talent, une grande et forte thèse sur la vie religieuse dans ses harmonies avec la nature humaine prise en soi, et telle que l’a faite notre XIXe siècle. Les idées toujours originales, se déroulaient avec une richesse prodigieuse ; et grâce aux brillantes couleurs dont elles étaient revêtues, et aux mouvements oratoires qui les accompagnaient, le prédicateur a pu soutenir une heure et demie durant, je ne dis pas l’attention, mais l’admiration de son auditoire.

Le discours du soir et celui du matin se complétaient l’un l’autre : l’un montrait comment et même surtout au XIXe siècle, les moines avaient le droit de vivre, et de replonger sous le sol renouvelé leurs vieilles et immortelles racines ; l’autre faisait voir comment, ayant le droit de vivre, ils avaient aussi celui d’agir, de raisonner, d’attirer, fût-ce par de belles églises, illuminées de toute la pompe du culte catholique, on animées par une grande voix, une de ces voix presque perdues et toujours trop rares de l’antique éloquence chrétienne.

Enfin, à la nuit tombante, il y eut, comme clôture, la bénédiction de Dieu : elle nous fut donnée par les mains d’un fils de Saint François, de la féconde et fraternelle famille avec laquelle nous rompons en toute rencontre le pain de l’amitié, et ainsi se consomma cette fête par une nouvelle joie qui venait s’ajouter à toutes celles que nous avions goûtées.

Telle fut la journée du 16 août dont je viens de vous crayonner si imparfaitement le dessin. Notre couvent de Lyon s’inscrira comme une page brillante dans ses annales et elle laissera un immortel parfum à l’âme de ceux qui se sont trouvés au doux contact des émotions dont elle fut remplie.

Faire une œuvre, la mener à terme, c’est toujours grand et c’est héroïque souvent, tant il se lève d’obstacles à l’encontre de l’ouvrier ; mais aussi voir cette œuvre accomplie, jeter sur elle ce regard de complaisance que l’architecte a le droit de porter sur son travail, la voir fêtée par les hommes, couronnée et bénie de Dieu, il n’est rien sous le ciel qui soit plus noble, qui remue le cœur plus fortement et qui l’enivre de plus légitimes satisfactions.

Cette fête m’a fait du bien surtout par ce généreux sentiment qu’elle m’a mis au cœur. Et certes, nous avons besoin d’être un peu raffermis par ces hautes aspirations. Ne sommes-nous pas à l’ère où l’on fonde ? N’est-ce pas à nous, ouvriers de la première heure de réédification que Dieu a dit de bâtir, de semer, de planter ? Cette voix, nos frères l’ont entendue et généreusement suivie. Efforçons-nous tous de donner à Dieu entrée dans l’âme des fidèles : ce sont là les temples qu’avant tout il recherche ; et nous pourrons ensuite, à l’exemple de nos ancêtres, construire des beaux temples de pierre qui nous survivant à nous mêmes diront après nous quelle fut la pensée de notre vie, et prêcheront à notre place Celui au service duquel nous nous sommes entièrement dévoués.

Pour en savoir plus

Sur le couvent de la place des Jacobins :

  • L’ancien couvent des dominicains de Lyon. I, Description, plan, vues diverses par le R. P. Michel Cormier, Lyon E. Vitte, 1898-1900, disponible ici.
  • J.D. Levesque, Les Frères prêcheurs de Lyon Notre-Dame-de-Confort, 1218-1789.
  • Haude Morvan, « Les sépultures dans la propagande des frères prêcheurs et mineurs : quatre sépultures de cardinaux à Lyon au XIIIe siècle », Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge [En ligne], 126-1 | 2014, mis en ligne le 03 avril 2014, consulté le 04 mai 2015.

Sur le couvent du Saint-Nom de Jésus :

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Chrétiens et Sociétés Documents et Mémoires n° 25
ISBN : 979-10-91592-10-9
ISSN : 1761-3043
22 €

L’histoire de la fondation du couvent et de la construction de l’église a fait l’objet d’un colloque d’historiens, à l’occasion du 150e anniversaire de la bénédiction de l’église. Les actes du colloque, publiés par l’université Lyon 3, sont en vente au presbytère de la paroisse du Saint-Nom de Jésus, sous le titre Un passé recomposé, textes réunis par J.M. Gueullette, Lyon, LARHRA, 2015. En voici la table des matières :

  • Jean-Marie Gueullette, o.p., Introduction
  • Christian Sorrel, Le catholicisme lyonnais au milieu du XIXe siècle : dynamisme et intransigeance
  • Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, Un couvent pour la « Stricte Observance ». Les fondateurs du Saint-Nom de Jésus à Lyon
  • Isabelle Parizet, L’atelier de vitraux du couvent du Saint-Nom de Jésus à Lyon. Relecture prosopographique des archives
  • Bruno Carra de Vaux, o.p, L’expulsion des Dominicains (Septembre 1870)
  • Philippe Dufieux, Le Saint-Nom de Jésus de Lyon et les chantiers catholiques contemporains
  • Catherine Guillot, Les verrières du Saint-Nom de Jésus, héritières d’une conception collective de l’art établie dans les années 1830-1840 ?
  • Jean-Marie Gueullette, o.p., « Par la parole et par l’exemple » : Exprimer l’identité dominicaine par l’image et le texte

Annexes

  1. Compte-rendu de l’inauguration de l’église par le P. Didon
  2. La chapelle du Rosaire au couvent de Lyon
  3. Programme iconographique des vitraux du Saint-Nom de Jésus